Le Père Noël supplicié

NYC 1968 by Bruce Gilden

Bruce Gilden, mon classique de Noël.

Samedi matin, je cherche une idée de billet. Il fait froid, il n’y a pas de lumière, je suis d’astreinte, trois bonnes raisons pour déprimer. J’ai cette photo de Père Noël prise par Bruce Gilden en tête. Pas un noël sans que je ne la sorte. Ce n’est pas la seule photo décalée sur ce personnage. Je suis sympa, j’ajoute le lien du carrousel de Magnum.
Concernant cette noble profession de Père Noël, j’ai écouté une petite chronique hier et je n’ai pu m’empêcher de rechercher le texte originel. J’ai bien l’impression que ce texte va accompagner le cliché de Gilden tous les ans.

Les fêtes de Noël de 1951.

Les fêtes de Noël de 1951 ont été marquées par une polémique à laquelle la presse et l’opinion ont été fort sensibles. Les autorités ecclésiastiques avaient exprimés leur désapprobation sur l’importance croissante accordée par les familles et les commerçants au personnage du Père Noël. Elles dénonçaient une « paganisation  » inquiétante de la fête de la Nativité détournant les esprits du sens religieux.

France Soir relate les faits.

Devant les enfants des patronages, le Père Noël a été brûlé sur le parvis de la cathédrale de Dijon

Dijon, 24 décembre (dép. France-Soir)

Le Père Noël a été pendu hier après-midi aux grilles de la cathédrale de Dijon et brûlé publiquement sur le parvis. Cette exécution spectaculaire s’est déroulée en présence de plusieurs centaines d’enfants des patronages. Elle avait été décidée avec l’accord du clergé qui avait condamné le Père Noël comme usurpateur et hérétique. Il avait été accusé de paganiser la fête de Noël et de s’y être installé comme un coucou en prenant une place de plus en plus grande. On lui reproche surtout de s’être introduit dans les écoles publiques d’où la crèche est scrupuleusement bannie.

Dimanche à trois heures de l’après-midi, le malheureux bonhomme à barbe blanche a payé comme beaucoup d’innocents une faute dont s’étaient rendus coupables ceux qui applaudiront à son exécution. Le feu a embrasé sa barbe et il s’est évanoui dans la fumée. […]

Le Père Noël supplicié de Claude Levi Strauss.

Ce fait divers amena Claude Levi Strauss à poser deux questions. Pourquoi le personnage du Père Noël se développe-t-il, et pourquoi l’Eglise observe-t-elle ce développement avec inquiétude? Je vous conseille cet article publié dans Les Temps Modernes. Il bat en brèche de nombreux stéréotypes pour en venir à l’essentiel : notre rapport avec la mort.

Mais c’est avec ce passage de Tristes Tropiques que je vous souhaiterai de très bonnes fêtes :

Ce n’est pas seulement pour duper nos enfants que nous les entretenons dans la croyance au Père Noël : leur ferveur nous réchauffe, nous aide à nous tromper nous-mêmes et à croire, puisqu’ils y croient, qu’un monde de générosité sans contrepartie n’est pas absolument incompatible avec la réalité. Et pourtant, les hommes meurent, ils ne reviennent jamais ; et tout ordre social se rapproche de la mort, en ce sens qu’il prélève quelque chose contre quoi il ne donne pas d’équivalent.

 

5 commentaires

  1. « Elle avait été décidée avec l’accord du clergé qui avait condamné le Père Noël comme usurpateur et hérétique »

    Hmm, les temps de l’inquisition ne sont pas tellement loin, on dirait!

    Et si on fêtait simplement ‘Sol Invictus’ le 25 décembre comme les anciens romains…. parlant d’usurpateur, petit Jesus n’est pas innocent on dirait….

    Bonnes fêtes quand même! 😉

    1. Levi Strauss fait aussi référence aux Saturnales. Mais il utilise le cas des « Katchina » pour rapprocher la fonction du Père Noël d’un rite d’initiation. Ensuite il progresse vers l’explication des fonctions secondaires, des relations entre les morts et les vivants.
      J’avais oublié de mettre le lien du texte de Levi Strauss. Erreur réparé ! Ce texte est fascinant, même pour un novice de la sociologie comme moi.

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