Robert Capa : 99 % des photographes connaissent sa citation

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Table des matières

Robert Capa à la caméra[/caption]

Qui n’a pas entendu cette petite histoire de Robert Capa ?

 « Si vos photos ne sont pas assez bonnes, c’est que vous n’êtes pas assez près. »

Vous êtes devant vos planches contacts fraichement importées sur votre disque dur.
Vous faites défiler encore et encore vos clichés, mais rien…

Rien…

Rien ne saute aux yeux.

Vous avez bien essayé de sortir une ou deux photos de rue avec l’intention de recadrer. Zoomer apportera peut-être quelque chose.

Mais non. C’est déprimant.

Cela ne donne rien. Le sujet est à l’autre bout de la rue et l’agrandissement ne fait que dégrader la qualité de l’image.

Vous voilà à réaliser des clichés de paparazzi !

Faire son Robert Capa !

Alors vous pensez que vous devriez changer d’approche.

Au diable le 35 mm !

Vous passez vos soirées sur internet à lire et relire les conseils matériels et vous vous dirigez vers votre meilleur ami : la boutique de matériel photo.

À vous le zoom 18-200 avec 5 étoiles !

Vous repartez à la chasse à la bonne photo équipée de votre tromblon.

La carte mémoire pleine et fier des regards envieux des passants sur votre engin vous importez vos œuvres.

Et là,
Plein cadre !

Vous pouvez même compter les poils du nez !

Rapidement, une collection de portraits de rue est éditée et vous vous comparez aux images issues des grands de la street photography.

Cela ne le fait pas…

Et loin de là.

Vous prenez de nombreux visages mais il manque l’histoire, l’action, le moment.

C’est en général à ce moment que lors se remémore la citation de Robert Capa :

Si vos photos ne sont pas assez bonnes, c’est que vous n’êtes pas assez près.

Moralité de cette petite histoire.

Vous avez acheté un magnifique objectif mais le plus célèbre des photographes vous annonce que cela ne sert à rien et que vos pieds sont le meilleur des zooms.

Belle mine !

Mais qu’en est-il exactement pour Robert Capa ?

Lorsque l’on feuillète les planches contacts de la « Valise mexicaine », les plans larges sont légion.

Planche Contact Robert Capa Valise Mexicaine

(https://en.wikipedia.org/wiki/Robert_Capa#/media/File:Negativos_do_Robert_Capa.jpg

Robert Capa était un professionnel du reportage dans un contexte éditorial qui n’a rien à voir avec celui que nous connaissons aujourd’hui.

Quelles étaient les habitudes et les contraintes pour un reporter de l’époque ?

Quels étaient les clichés attendues et pour quelles raisons ?

La célèbre sentence n’est-elle pas la conséquence des deux précédentes questions ?

Voilà bien des questions que nous allons creuser.

Je vous propose une balade dans l’histoire des revues, de leurs exigences.

J’espère bien dénicher des enseignements utiles pour une photographie de rue actuelle.

Robert Capa pour toucher du doigt la pratique des photojournalistes

Quelle était la vérité de Robert Capa ?

Je dois me rapprocher…

S’approcher OK, mais jusqu’à quel point ?

N’y aurait-il que la macro de rue qui accoucherait d’un cliché correct de street photography ?

Horreur !

« Si vos photos ne sont pas assez bonnes, c’est que vous n’êtes pas assez près. » n’est pas aussi simple à appréhender.

Comprendre l’époque dans son contexte, nous plongent dans l’univers de la presse du XXe siècle.

Plusieurs items sont à prendre en compte sur les débuts de Robert Capa :

  • L’évolution du matériel.
  • La transformation de la presse et de la conception des reportages.
  • Les attentes des lecteurs de la période.

Embrasser ces éléments et les contextualiser avec le numérique et internet nous fait toucher du doigt de nouvelles approches.

Faisons simple.

Qui était Robert Capa ?

C’était un professionnel et il devait répondre à des commandes dans le respect des obligations éditoriales du moment.

En bon reporter, les demandes et exigences des revues comme Vu, Voir ou Life étaient parfaitement intégrées dans sa pratique.

Comme lorsque l’on travaille un projet, on inclut aisément nos besoins durant nos sorties.

Si l’occasion se présente, nous identifions immédiatement le cliché.

Capa était dans la même logique et captait ce qui pouvait faire une « une » extraordinaire ou une séquence vivante plongeant le lecteur dans le quotidien d’un GI.

Comprendre le traitement du reportage des années 30 à 50 dans son contexte et le comparer avec ceux des années récentes ne peut que nous aider au choix des cadrages et des séries.

Nous découvrirons peut-être certaines techniques que je n’ai pas encore eu l’occasion d’utiliser mais qui semblent bigrement prometteuses.

Vous me suivez toujours ?

Je ne suis pas un professionnel du photo-journalisme et ma profession en est même assez éloignée.

Mais, on va tout de même essayer d’extraire de bouquin et d’articles de spécialistes les grandes étapes de cette profession.

Allez, je vous propose de déterrer rapidement ce qu’étaient les appareils et la presse de l’époque.

Comprendre les bases du photo-journalisme avec robert Capa

Et Leica apparut dans une poche!

À la fin du XIX siècle, les appareils étaient lourds et encombrants.

De ce fait, ils étaient difficilement transportables avec leurs pieds ou leurs dimensions.

De plus, les plaques photographiques étaient à usage unique et devaient être retirées à chaque prise de vue.

En 1905, Oskar Barnack eu l’idée d’utiliser une largeur de négatif plus réduite employée par le cinéma : le format 35 mm.

En 1913, il met au point le premier appareil photo doté de cette pellicule.

De petites tailles, on le peut glisser dans un sac. Plus besoin de trimbaler des plaques, le film se déplace dans le boitier lorsque l’on veut réaliser une nouvelle prise.

1930 voit la naissance du Leica III.

Immenses succès !

Simple, robuste, portable durant de longues heures et facilement transportable dans une poche, les clichés deviennent plus spontanés, plus vivants.

C’était parti pour Cartier Bresson, Capa, Gerda Taro, Elliot Erwitt et bien d’autres.

Une nouvelle photo éclosait, le photojournalisme traversait sa révolution.

Robert Capa achète un appareil

Sur les conseils du hongrois André Kertész, Robert Capa touche son premier Leica.

En 1932, il décroche son premier reportage par Simon Gutman pour couvrir un meeting clandestin de Léon Trotsky à Copenhague.

Alors que les autres photographes armés de leurs bardas se font refouler, la discrétion de son boitier lui permet de s’approcher au plus près de la tribune.

Son récit exclusif, vivant lui ouvre les portes du photojournalisme.
Les traces blanches en bas de sa planche contact témoignent de petits soucis d’étanchéité ou d’une erreur de manipulation.

Mais le principal était là !

Il faut noter la dextérité de Robert Capa sur cette série.

Le meeting se déroule dans une ambiance sombre. Les appareils n’ouvraient pas énormément et la sensibilité des pellicules était loin des 400 ASA.

Et pourtant Capa sort des photos nettes et composés.

Bel exploit !

Planche contact du premier reportage de Robert Capa : Léon Trotsky à Copenhague

Toujours là, dans cette rapide rétrospective du matériel ?

Il est temps de s’attarder, pour bien comprendre l’époque, sur la presse lorsque Google Actualités n’existait pas.

Suivez-moi, nous allons toucher quelque chose de rare : du papier…

Découvrir la révolution éditoriale

Je me suis beaucoup inspiré d’un papier de Jean-Pierre Bacot (la naissance du photojournalisme -le passage d’un modèle européen de magazine illustré à un modèle américain) pour cette partie de l’article.

Très bien documenté, je vous conseille fortement de vous y plonger si le sujet vous passionne.

La presse dominait pour diffuser les nouvelles à la fin du XIXe siècle.
Pas de radio ni de télévision, il ne restait que l’écrit et les représentations pour décrire le monde et informer.

Les moyens techniques ne permettaient pas de reproduire en masse des photographies.
Souvent, une mise en scène reprenait l’évènement pour que cela soit compatible avec les temps de pose de plaques extrêmement peu sensibles.

Le procédé de la gravure sur bois copiait les images pour une impression journalistique.

The Illustred London Journal est un exemple de cette presse de l’époque.
Il promettait 32 gravures sur bois avec des représentations de la guerre, d’accident de train ou de bal à Buckingham.

Fondé en 1842, le périodique l’Illustration domina le marché.

Il devint dès 1905 le premier magazine français mais aussi dans le monde.

1906, l’Illustration avec la photo du Président de la République élu : Armand Fallières

Les premières tentatives de « photogravure » remontent à 1883.

Différents procédés ou combinaisons permirent la première publication d’une cliché noir et blanc en 1891 qui était fortement retouchée avec des techniques de dessin ou photo mécaniques.

Les dispositifs vont se succéder, les outils s’améliorent pour donner naissance à un nouveau type de magazine plus orienté vers l’image avec Vu et Voir en France ainsi que Life aux États-Unis.

Vous connaissiez Vu et Voir ?

Pour moi c’est une découverte.

Et regardez l’évolution !

La une de Vu du 4 septembre 1929 !

Révolutionnaire !

Tout est orienté vers le visuel.

Cette presse qui abandonne le ton pédagogique est systématiquement illustrée de clichés.

Le besoin de voir, de comprendre, de se faire son opinion par l’image.

La photo de journalisme sert alors à informer, documenter, authentifier ou illustrer.


L’écrit est fortement réduit et la mise en page est d’avant-garde.

Exemple tiré du site de la Mep

Cette nouvelle manière de concevoir l’information permet au photojournaliste de construire son histoire.

Le choix d’une photo comme pour une double page ou la « Une » en format portrait impose d’imaginer son cadrage dès la prise de vue.

Robert Capa et bien d’autres photographes vont structurer et vivre de cette boulimie d’images.

Au cœur de l’action alors que la télévision n’existe pas encore, ces photoreporters arpentent le planète pour raconter les faits.

Les évènements s’accélèrent et l’histoire bascule dans la terrible Seconde Guerre mondiale.

Le magazine Life diffuse les clichés de Robert Capa entre autres.

C’est certainement par cet exemple que l’on comprend mieux le travail du photojournaliste qui doit décrire le quotidien des Gi et expliquer les grandes batailles

Je ne sais pas si vous avez déjà vu cet exemplaire de Life, mais ça vaut le coup !

Apprendre à explorer un reportage de Robert Capa

Tous les exemplaires de Life ont été numérisés. J’ai retrouvé celui concernant le débarquement.

Toutes les photos ne sont pas de Robert Capa, forcément.

À la lecture de ce numéro, l’importance de l’image est considérable.

Le magazine nous plonge durant ces journées d’envergure mondiale.

La photo de couverture est fantastique.

Elle est là pour vendre et tout est dit.

Les drapeaux, Eisenhower, voyez-vous comment faire plus accrocheur !

C’est un portrait, une constante sur presque tous les numéros.

La répartition des clichés d’actions conjuguées aux « Infographies » de  l’époque et des images du vécu des GI est particulièrement instructive sur le montage des reportages.
Un vrai travelling du général progressant jusqu’au détail.

Le photojournalisme devait avoir en tête tous les types de représentation utilisés dans une publication.

De l’exceptionnel mais aussi beaucoup de quotidiens pour plonger le lecteur dans l’histoire.

Les formats ne sont pas oubliés ainsi que la place libre pour l’insérer dans l’image pour y intégrer un titre.

À la suite des formidables photos de combat. On est dedans…

Les photos s’attardent sur les soins, les morts, les préparations et le repos des troupes.

Tous les aspects des opérations sont montrés dans une exigence de ne rien laisser dans l’ombre.

Plusieurs tailles (4/3, 3/2…) sont exploités ce qui sous-tend des recadrages.

Les images sont souvent assez centrées. Peut-être, pour se laisser la possibilité de recadrer.

Donc, le travail sur le terrain s’étend de la présence lors des temps de repos ou avec l’intendance dans l’intimité des soldats jusqu’au temps de combat au plus près des soldats.

Les cadrages différents, larges et serrés, permettent de situer et de raconter une histoire.

Un peu comme à la télévision…

Twittez les images de Life

OK, mais maintenant, les règles sont elles toujours les mêmes ?

En 2021, la vidéo et le numérique sont omniprésents

La situation est bien différente et le photo journalisme doit (a dû) s’adapter aux magazines.

Il s’éloigne de l’instantané des conflits car les chaines d’info continue diffusent déjà en live de tous les événements planétaires et même extraplanétaires.

Life ne parait plus, Vu et Voir ont disparu depuis longtemps et il ne reste que quelques périodiques centrés sur l’image comme Polka, Géo, National Géographique,…

La proportion des clichés semble toutefois plus réduite.
L’esthétisme, la composition et la couleur sont à l’honneur.

La photo de couverture est toujours en portrait et une place existe systématiquement pour laisser respirer les différents titres.

De même, le problème de la double page demeure.

La pliure centrale masque un sujet un peu trop en plein dans la pastille…

Prenons un cas concret.

Sur le site du National Géographic, le reportage sur Tchernobyl aborde plusieurs questions.

Comparer le traitement révèle des similitudes avec l’époque de Capa.

À la suite d’une vidéo de la catastrophe, plusieurs séries approchent des problèmes particulières :

les enfants survivants, les évolutions du site puis le nouveau tombeau et enfin les descendants qui retournent dans la zone interdite.

D’un thème central, plusieurs axes sont développés et explorés. La proportion de texte parait toutefois supérieure que dans les années 40.

Qu’en pensez-vous ?

Maintenant, si nous tentions de découvrir les méthodes de travail des photos-journalistes ?

Peut-être que des idées intéressantes à mettre en pratique émergeront.

De Robert Capa à nos jours

Tout commence avec le documentaire « Histoire d’un regard » sur Gilles Caron sur Arte.

Immense photojournaliste.

Vous avez tous vu ses photos de Cohn-Bendit ou de l’Irlande.

Le documentaire « Histoire d’un regard dans l’oeil de Gilles Caron » s’attarde sur la célèbre image de Daniel Cohn-Bendit

Lors de l’exploration de la planche contact, on découvre la quête du photographe.

Il tourne, prend quelques portraits, part, fait des plans plus large, reviens, pour choper la photo qui n’est que la résultante des autres.

Il cherchait son personnage pour le suivre.

Cette technique semble fréquente chez Gilles Caron.

Il accroche une figure et la suit.

Ce documentaire me conduit vers un bouquin que j’avais consulté il y a de plusieurs années.

Ce livre de Yan Morvan traite du métier de photojournaliste.

Pensant l’avoir donné, j’ai racheté la dernière version, et bien m’en a pris.

Je vous le conseille même si vous ne vous disposez pas à ce métier.

Il aborde de nombreux sujets compatibles avec la photo de rue.

Je vous livre une petite technique dévoilée qui a son utilité.

Je ne l’ai pas encore testée mais à la première occasion, je me lance !

Yan Morvan propose de découper en trois types d’instantanés :

  • les gens
  • les lieux
  • et les actions

Il suggère des images génériques, x1 d’une personne, x2 de lieux et x3 d’actions.

La personne A sur le lieu B fait l’action 3.

La personne B sur le lieu D faisant l’action 1.

Les gens sont capturés en portrait, les lieux en paysages ainsi que les actions s’il y a lieu.

Ainsi apparaissent des personnages principaux et secondaires suivant le nombre de lieux et d’actions en cours.

Allez, je vous laisse essayer de vous lancer !

Faire référence au cœur plutôt qu’au pied.

En conclusion, Robert Capa exerçait le métier de photojournaliste en profitant de l’innovation du matériel (Leica III) et de l’évolution des magazines.

Avec de nombreux périodiques diffusant largement leurs travaux et une demande d’histoire et de preuve par l’image.

La structure des nouvelles publications imposait tout de même de construire ses reportages précisément du général au particulier.

Le format, les thèmes, la possibilité d’avoir la couverture ou d’accepter des titres réclamaient la prise en compte de contraintes comme la place du sujet pour éviter la pliure pour une double page éventuelle.

Donc, « Si vos photos ne sont pas assez bonnes, c’est que vous n’êtes pas assez près » ne devrait pas être la seule sentence !

Pour la construction d’un sujet, des portraits ainsi que des plans d’ensemble sont indispensables comme le fait remarquer Yan Morvan dans son livre.

Personnellement, je tenterais, dès que l’occasion se présentera, la structure (personnage, lieux, action).

Évidemment, dans ce cas-là, il est bien nécessaire de ne pas être à 20 m. Elle demeure la condition pour plonger dans l’action à la découverte des personnes.

Pour finir, je garderais bien la citation du photographe Alex Webb :

« Peut-être que le conseil de Capa de “s’approcher” fait aussi bien référence au cœur qu’aux pieds »

Dites-moi, en commentaire, ce que vous pensez de cette approche plus près du cœur …

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