Quelle objectif photo choisir ?

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Table des matières

Allez à la pêche d’un objectif photo.

Je vais vous raconter une petite histoire de pêche.

Oui de pêche…

Vous allez me dire :

Mais qu’est-ce que cela vient faire ici, on devait parler objectif photo ?

N’ayez pas de crainte. Je ne vais pas m’étendre sur mes exploits halieutiques, ce sera rapide.
Je veux juste illustrer comment à débuter ma démarche lors d’un achat.

Donc, j’étais un jeune ado et je pratiquais la pêche à la truite à la cuillère.

Ce petit bout de métal avec un triple hameçon tourne dans l’eau lorsque l’on tire dessus le ramenant vers soi.

On lance le leurre, on mouline, elle s’active et émet des pulsations qui provoquent un réflexe de chasse chez la fario.

Simple.

Des cuillères, toutes les couleurs et toutes les formes inondent le marché. Le marketing de ma jeunesse expliquait de long en large le plus des teintes ou des points rouges ou bleus.

La forme a une incidence sur les vibrations et déclenche un automatisme prédateur.

À l’époque, je suivais plus ou moins la littérature jusqu’à la rencontre d’un très bon pêcheur (M Mateï).

Il me conseilla de me concentrer sur la lecture de la rivière, la cachette du poisson, et l’amélioration de mon lancer pour placer avec précision mon leurre.

« Ite missa est ».

La messe était dite.

Il avait mille fois raison.

J’ai abandonné les points et autres lignes pour n’utiliser que des cuillères sans dessin.
L’essentiel ne résidait pas dans les paillettes que l’on me vendait mais dans ma pratique.

Depuis, j’adopte régulièrement ce principe pour mes activités.

L’important ne se situe pas dans le matériel mais comment tu le manipules.

Lorsque j’ai débuté la photo à la même époque, je recourais à de vieux clous comme appareils.
J’emportais rarement plus d’un objectif photo avec moi pour la bonne et simple raison que je n’en possédais qu’un seul.

Lorsque je ratais une prise de vue, je n’incriminais jamais mon équipement.
J’étais le responsable et je tentais de me corriger ou de trouver une astuce.

Aujourd’hui encore, j’applique ce qui est devenu une règle de vie.
Ce n’est pas la faute à autre chose ou de quelqu’un.

C’est de mon côté que je regarde.
Je n’ai pas eu l’intelligence de m’adapter, d’anticiper et de progresser.

Terminé pour la pêche : Objectif photo !

Pour mon matos, c’est naturellement que j’ai appliqué ce principe.

J’ai commencé par un 50 mm sur un vieux Zenit, puis j’ai adapté un excellent 50 mm d’occasion sur un Pentax P30.

 

Mon premier appareil : Zenit

Je n’avais que ça.

J’ai bien testé à l’époque les zooms, mais cela ne me convenait pas.
Celui que je possédais (fourni avec le P30) était un vrai « cul de bouteille ».

Et je suis gentil…

Par la suite, j’ai acheté un Nikon FM2 de 2e main. Un 28 mm, un 50 mm ouvert à 1.4 et un 85 mm à 1.8 complétaient l’équipement.

Magnifique appareil manuel et des objectifs de ouf !

J’utilisais le 28 mm sur 80 % du temps.
Pour avoir pratiqué les trois, le 28 me convenait beaucoup plus pour affiner mes compositions.

J’ai possédé d’autres boitiers : Leica CL, Kiev, Blad, Fuji X 70 ou maintenant le X100 F.

J’ai œuvré avec plusieurs systèmes mais je suis toujours resté sur des focales fixes autour de 35 mm.
Je dois avouer que j’ai maintenant un fort penchant pour le 40 mm du Leica CL.

Je chipote à 5 mm !

L’important ne réside pas dans la rapidité de prise de vue via l’autofocus.
La photo de rue se passe très bien de tout cela.

L’hyperfocale ou l’application de la règle « f/8 et soit là » demeure facile à mettre en œuvre et tout aussi efficace.

L’emploi exclusif d’un objectif vous fait pénétrer dans son monde.

Vous l’apprenez.

Sans utiliser l’œilleton, vous connaissez le champ embrassé et les possibilités.
Vous vous déplacez discrètement comme un ninja et cadrez au dernier moment la scène que vous avez imaginée.

Les plus grands ont leurs marottes.
Henri Cartier Bresson accomplissait de rares infidélités à son 50 mm.
Vous ne séparerez jamais Bernard Plossu de son Nikkormat monté d’un 50 mm pour son travail personnel.

Je vois au 50, j’ai l’œil pour cette focale…
Il l’exprime très bien dans cette interview.

Même des photographes habitués à basculer sur plusieurs focales (Mode, rue…) choisissent un objectif particulier pour leur création.
Le préambule du bouquin « Side Walk » de Frank Horvat expose ses décisions durant les années 80.

Il s’impose des contraintes pour sa série sur plusieurs années et sélectionne un 85 mm.
Il n’a pas fait le choix d’un autofocus AFC ou mesure de lumière globale plutôt qu’AFS avec une mesure ponctuelle.

Il a arrêté une focale.

Remarque, l’AFS et AFC n’existaient pas, mais les différents types de mesures figuraient depuis bien longtemps sur les boitiers.

Objectif photo : plouf plouf, ce sera toi que je choisis…

La décision de la focale, pour la photo de rue, va vous demander du temps.

Habituellement, le 35 mm ou le 28 mm (à focale fixe) sont plébiscités.

La raison ?

Ils permettent d’englober la scène et de contextualiser l’action.

Ajouté à cela que la distance classique d’un photographe de rue se situe entre 3 et 5 m.

Combiné avec une ouverture à f/8, la profondeur de champ procure une netteté sur une grande plage.

Ils demeurent petits, légers, discrets et beaucoup moins agressifs qu’un tromblon 28-300 mm.

Ils permettent facilement d’inclure des diagonales et autres lignes de composition.

Vous allez apprendre votre objectif car vous l’utiliserez sur 90 % du temps.

Mais tous les amateurs de la ville diffèrent et comme Frank Horvat pour son projet sur New York, vous pouvez très bien prendre une focale plus longue.
Le résultat apparaîtra distinct, avec moins de contexte, et de profondeur et plus axé sur la géométrie et le portrait.

Beaucoup d’éléments composent un objectif photo.

Il est temps d’en détailler quelques-uns.

Une distance – un objectif photo

Je reviens toujours sur cette notion rarement traitée : la « distance du photographe ». Cette dernière existe au sens propre comme au figuré.

Depardon en parle régulièrement.

"C’est toi, tu es ton objectif préféré.
C’est toi qui décides, pas l’objectif".


C’est vrai que d’avoir été photographe de presse puis d’être passé par l’agence Magnum, l’un et l’autre m’ont enrichi. Avec la photo de presse, j’ai appris à aller vite.

Chez Magnum, j’ai compris qui j’étais : à l’agence, on m’a demandé si j’étais quelqu’un qui aimait faire des photos à 5 mètres, à 3 mètres, à 1,50 mètre.
Il a fallu que je trouve ma distance.

C’est toi, tu es ton objectif préféré.
Il faut prendre ça comme étant un problème.

C’est toi qui décides, pas l’objectif.
Moi, venant de Gamma, je ne savais pas. Je pensais que c’était le 35 mm mais je me suis rendu compte que j’étais toujours trop loin.

En fait, je suis plutôt 50 mm. Je suis en fait très classique, avec une marge de 3 à 5 mètres.

Sauf le politique.

Là, je suis au grand-angle, je rentre dedans. Quand un homme politique plonge dans la foule, là, je suis au grand-angle.

Comment être plus clair ?

Qu’elle est votre distance ?

Êtes-vous confortable à 3 m ou 5 m, plus loin ou plus rentre-dedans ?

Objectif photo et composition

Vous restez bien d’accord avec moi que le plus important se situe dans le coin de la focale.

De plus, son influence sur les capacités de composition apparaît considérable.
Utiliser les lignes fuyantes d’un trottoir et l’espacement des plans avec une focale courte devient extrêmement facile.

Une valeur plus longue (50 mm) vous guidera vers des arrangements plus géométriques et plus « frontals ». La profondeur des différents plans se contracte.

L’ouverture

Plus vous êtes ouvert, plus vous vous propulsez vers une vitesse rapide, moins vous plongez en ISO.

Certes, mais l’absence de grain ne demeure pas l’alpha et l’oméga de la photo de rue.

J’ai même tendance à penser qu’il ajoute un contexte bénéfique au cliché.

Inconsciemment, le public l’associe à la nuit ou au mauvais temps.
Il est un élément de composition à ne pas négliger.

Alors pourquoi gaspiller son argent pour gagner un diaphragme rarement utilisé en photo de rue ?

La distorsion, aberration chromatique, vignetage

Ce sont des arguments de vente que l’on peut entendre.
Ils sont présentés à grand renfort de graphiques et de tests.

Je vais être clair sur ce sujet et je reviens à ma petite histoire au début de l’article.

Est-ce le plus important ?

Gagner 0,1 en aberration va-t-il améliorer vos photos ?

Dès que l’on achète une marque reconnue, en évitant les versions économiques, les objectifs demeurent globalement de bonnes factures.

Un delta existe peut-être.
Personnellement je ne consulte jamais ces graphiques.

Vous me suivez toujours ?

On va attaquer le dur maintenant…

Choisir son objectif photo.

La décision d’un objectif photo qui vous correspond demeure certainement la démarche qui vous fera le plus progresser.

Lorsque vous aurez trouvé votre distance, la focale découlera d’elle même. cf. l’article de Depardon un peu plus haut.

L’utilisation régulière imprimera dans votre regard l’angle de prise de vue.
Avant même de porter le viseur à votre œil, vous possédez déjà la composition.
Plus important, vous allez vous déplacer pour gagner la perspective qui vous convient.

Inconsciemment, vous construisez votre image sans votre appareil.

Vous vous éloignez des considérations matérielles pour découvrir le monde de la démarche photographique, du sujet et de la recherche de composition.

Zoomer et se rapprocher : ce n’est pas pareil

Vous devrez tout de même pratiquer avec constance.

L’erreur la plus fréquente se situe dans le nomadisme dans le choix des objectifs.

Dans un premier temps, la focale doit entrer dans votre pupille.
Vous devez vous en imprégner, l’avoir à fleur de peau comme votre jean préféré.
Si vous changez régulièrement de cailloux, vous éprouverez des difficultés à l’apprendre.

Un coup, vous travaillez au 28, puis vous passez au 50 pour revenir au 28.
Vous découvrirez une multitude de raisons pour ôter et remettre votre caillou.

Par exemple, le sujet est trop éloigné ou vous aimeriez éliminer un peu plus d’arrière-plans.

Au diable les changements.

Rapprochez-vous !

Les différents plans de la focale

La focale agit fortement sur l’étalement des plans derrière le sujet.
Les lignes s’estompent ou s’amplifient suivant l’objectif.

Le cadrage au 50 fait plus la part belle à la géométrie frontale.

Étudier l’influence de la focale sur la composition demanderait un article complet.

Juste deux exemples tirés de mon logiciel de simulation favori.

Faisons l’expérience.

La même scène avec un 16 mm et un 90 mm.
Dans un cas on va zoomer et dans l’autre se rapprocher.

Mon sujet se trouve à 10 m et j’utilise un 16 mm.

Bien trop loin, je zoome !

Et hop au 90 mm

 

Et maintenant, au lieu de manœuvrer la bague du zoom. Je reste à la focale de 16 mm et je me rapproche avec mes petits pieds…

J’arrive à 1,90 m du modèle en sueur après un tel effort !

Le résultat :

L’issue reste tout de même différente sur l’environnement du sujet !

Je n’ai pas de préférence : 90 ou 16 mm.

C’est juste autre chose.

Vous désirez éliminer l’arrière-plan ?
Se rapprocher fonctionne aussi !

Et oui, la profondeur de champ change suivant la distance de mise au point.

La profondeur de champ varie avec l’éloignement du sujet.

Je reprends encore mon petit logiciel de simulation !

Avec mon 35 mm à 2,50 m du sujet

Maintenant le même diaphragme (f/2) mais à 5 m.

La conséquence ?

Dans une foule, vous serez obligé de rentrer dans les narines du sujet pour l’isoler de l’arrière-plan.

Dans ce cas-là, je demande la permission avec un petit sourire (lorsqu’il n’y a pas de masque…).

Ne pas changer de focale a surement été ma meilleure décision lors de l’achat de mon Nikon FM2.

Bien que j’avais à disposition un 28 et un magnifique 85 ouvert à 1.8, je n’ai pas bougé mon 50 mm de mon appareil pendant plus d’un an.

J’arrivais, malgré l’angle très fermé de cet objectif, à prendre des photos sans le porter à mon œil.
À l’aveugle, je dirigeais mon boitier et je shootais.

Ensuite, je suis passé au 28 mm.

L’apprentissage a été beaucoup plus rapide.
Peut-être étais-je un peu plus habitué ?

Je shootais sans cadrer, au feeling, et les résultats apparaissaient souvent à la hauteur de ce que j’avais imaginé.

Opter pour une focale fixe et patienter pour l’achat d’un zoom est certainement le meilleur conseil que j’ai appliqué.

D’ailleurs, je ne possède pas de zoom.

Pourquoi ?

D’une part, les focales fixes demeurent moins chères et plus ouvertes.

D’autre part, elles restent moins lourdes et moins agressives : effet tromblon pointant les personnes.

Et pour finir, la tentation de varier la focale disparaissait définitivement.

Petit flash-back

Tout a commencé par une partie de pêche.

Drôle d’idée?

L’élément déclencheur pour résister aux conseils des marketeurs apparait.
Le problème ne vient pas du matériel mais du bonhomme.

Une fois la canne à pêche rangée, il est temps de s’occuper de nos cailloux.

Un petit tour du côté de Cartier Bresson, Plossu, Horvat et Depardon confirme l’importance du choix de l’objectif pour votre démarche.

Chacun opte pour sa focale suivant son projet ou ces préférences et sa distance privilégiée.

Dans tout ceci, il n’est pas question d’aberration ou d’autres problèmes de vignetage.

Seul compte l’influence de l’arrière-plan.

Les courtes focales procurent du contexte et des compositions de lignes plus aisés.

À l’opposé, des compositions plus géométriques et moins contextualisées seront à l’honneur.

Le zoom devient inutile et vos pieds sont votre meilleur atout pour vous placer à l’emplacement idéal.

En effet, l’avantage de recourir régulièrement une focale fixe permet de se la « mettre » dans l’œil.

Sans cadrer, vous serez capable de vous mettre au bon endroit et de shooter.

50, 40, 35 ou 28 mm ?

Vous possédez les clefs pour choisir et tester. Cela dépend de votre distance de confort.

Même si lors de rassemblement important, ou que vous plongez dans la foule, les plus courtes focales seront bien plus commodes.

Certainement une raison de l’option courante du 35 mm.

Maintenant, à vous de trouver votre éloignement et d’expérimenter l’objectif longtemps !

Armez-vous de votre boitier, vissez un caillou et ne touchez plus à rien durant plusieurs mois.

Ce sera un peu gênant au début, vous raterez des chefs d’œuvres (ce sont toujours les chefs d’œuvres que l’on rate).

Vous me maudirez, de m’avoir écouté et rangé votre zoom.

Mais, avec le temps, tout doucement, vous déclencherez sans viser, l’appareil à bout de bras, à la recherche de la composition imaginée.

Et vous y arriverez !

Vous posséderez votre objectif dans l’œil.

Si vous avez déjà le vôtre et que vous êtes à l’aise avec lui, partagez-nous votre expérience en commentaire.

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