Voir en noir et blanc

Un bateau passe la porte du Port de Bordeaux

Comment fonctionnait une pellicule photographique

Voir en noir et blanc, voilà un vaste problème ! L’idée de cet article vient d’une question qui m’a été posée : le rouge c’est quel gris ? C’est certainement parce que l’on se pose cette question que l’on ne peut pas imaginer, ou voir en noir et blanc. Cette question est fantastique car elle permet d’aborder toutes les techniques photos couleurs ou noirs et blanc, anciennes ou avant-gardistes. Elle tire les questions essentielles de la photographie, de sa recherche de perfection, de ressemblance et d’interprétation du réel.
Voir en noir et blanc est une démarche de l’esprit sur l’objet photographique propice à recherche de sens, d’émotions, …  Un peu ce que j’abordais sur le post sur l’inspiration.

La pellicule noir et blanc

Sans revenir sur l’histoire des différentes techniques photographiques, il est intéressant de se pencher sur le principe d’une pellicule de photo noir et blanc.
Le secret de la chose réside dans des composés chimiques à base d’argent (il y en à d’autres… des photos avec des œufs par exemple) qui ont la particularité d’évoluer lorsqu’ils sont touchés par la lumière. Un peu comme Dracula. Ces cristaux d’argent noircissent, après développement, si ils ont été touchés par des photons. Le procédé est calibré pour que toutes les longueurs d’onde (couleur) aient le même impact sur les grains d’argent. Ce sont les célèbres film panchromatiques bien différents des orthochromatiques qui ne sont pas sensibles au rouge.

Donc sur le négatif, les parties très lumineuses sont sombres, les parties sombres sont claires. Le noircissement est proportionnel (à peu prés) à la quantité du lumière reçue.
Vous avez remarqué, nous n’avons pas parlé de couleurs sauf à dire qu’elles étaient traitées toutes de la même manière. Seul, l’intensité de la lumière nous a occupé.
Et bien parlons couleurs maintenant !

La pellicule couleur

Comment faire de la couleur sur une pellicule noir et blanc ? Si l’on veut faire de la couleur, il faut sélectionner et enregistrer l’intensité lumineuse de chaque longueur d’onde (couleur). Nos amis les peintres savent réaliser toutes les couleurs à l’aide de trois couleurs principales (je laisse de côté les notions additives ou soustractives).
De plus, on sait sélectionner une couleur (longueur d’onde) avec des filtres. Un filtre laisse passer le maximum de luminosité dans sa couleur, il minimise les autres couleurs.

Le physicien James Clerk Maxwell associé à Thomas Sutton marie le principe de la composition des couleurs avec celui des filtres pour réaliser la première photo couleur. D’où la célèbre formule Maxwell qualité filtre (je suis vraiment nul…)
Trois plaques photosensibles (noir et blanc pour faire simple) sont disposées chacune derrière un filtre de couleur. Une avec un filtre bleu, la deuxième avec un filtre vert et la dernière un filtre rouge. Chacune des plaques va enregistrer essentiellement l’intensité lumineuse maxi de son filtre. Les autres longueurs d’onde (couleur) seront plus ou moins lumineuses.
Projeter les trois ensembles crée une image en couleur ! Ce procédé trichromatique est à la base de toute la photo couleur. Sur la pellicule couleur, 3 couches de grains d’argent, chacune dans un magma qui filtre la longueur d’onde et le tour est joué. Le reste n’est qu’amélioration et travail sur des notions de grains, définition,sensibilité, latitude de pose…

Comment fonctionne un capteur numérique

Pour le capteur numérique, grande révolution …. et bien non c’est pareil ! Un capteur d’appareil numérique est sensible à toute la lumière visible (et même un peu plus). Seul, il est incapable de distinguer les couleurs. On ajoute un damier de filtres rouges, verts et bleus sur sa surface. Même un peu plus de filtres verts pour se rapprocher de la sensibilité de l’œil humain. Ensuite le processeur de l’appareil photo déduit la couleur exacte de chaque pixel. Chaud, mais ça marche bien.
Là est bien la différence avec l’argentique. Nos ancien ne pouvaient modifier chaque couleur indépendamment. Le filtre pouvait corriger une dominante tungstène sur un film couleur lumière du jour. Mais, ils ne pouvaient aller plus loin sans des manipulations de labo complexes et nombreuses. Maintenant, chaque couleur est modifiable ce qui ouvre le champ des possibles lors du développement.

Les différentes bascules en noir et banc

Maintenant que nous avons un magnifique fichier RAW dans la bécane, il s’agit d’avoir du noir et blanc.
Chaque logiciel de traitement d’image possède une méthode simple pour basculer d’une photographie couleur vers du monochrome. Chaque programme met en œuvre des choix spécifiques lors de cette bascule. Plus ou moins contrasté, plus de rouge et moins de bleus, … la cuisine tente de répondre aux besoins de la majorité des utilisateurs et aussi, peut être, d’une tentative de marketing pour donner une « couleur » de développement au produit.
La solution la plus basique étant de désaturer chaque canal de couleur. Allez y, c’est rigolo ça marche aussi.
Je ne pense pas qu’il existe de méthode miracle. Le tout, et c’est le plus important, est de partir d’une base faite par désaturation ou à l’aide du logiciel de développement et ensuite travailler chaque canal si besoin.

La répartition de la lumière, écrire avec la lumière

Nous voilà presque à la fin de ce post et je vais peut être pouvoir répondre à la question : le rouge c’est quel gris ? et par la suite à comment voir en noir et blanc …

Ben ça dépend …

Ça dépend de ce que l’on veut faire. De ce que l’on ressent ou de ce que l’on désire exprimer. C’est un outil pour dessiner la lumière. On peut l’éteindre localement comme la faire péter pour attirer le regard sur un élément de sa composition.
Imaginons des poivrons (rouges) à coté d’un citron, les deux ont la même intensité lumineuse. Désaturé, tout sera dans du gris moyen. Beurk. Pas de contraste, pas de lumière, pas de choix…
Hop, on décide de jouer sur le rouge, comme pour un filtre, on peut éclaircir le poivron comme l’assombrir. Idem avec le filtre jaune, mon citron peut s’effacer comme être prédominant.

Lorsque le cerveau se met de la partie

L’œil communique avec le cerveau et interprète les informations lumineuses. Le rouge comme le jaune attire l’attention. Même si ils sont dans la même intensité lumineuse que le reste du tableau, le cerveau va dire : hop là, il y a un truc jaune ou rouge, j’y prête attention. On peut se mettre en phase avec lui et rehausser la luminosité de ces couleurs vers un gris clair. À contrario, on peut désirer obtenir des lumières intéressantes mais éloignées de la réalité. Ainsi vouloir faire ressortir des nuages sur un ciel bleu implique de baisser le canal de la couleur du ciel. Chance, le cerveau ne la ramène pas trop en voyant un ciel presque noir en plein jour.

Voilà qui est intéressant. Le photographe choisit et dirige son tirage. Il peut décider que la boîte aux lettres jaune de la poste est un élément apportant du contraste à sa photo, à sa composition : elle peut être gris claire. À défaut, si elle amène une lumière excessive en bordure de cliché, un gris plus sombre sera peut être le bienvenu…
Nous voilà sculpteur de la lumière ! Sympa !

L’exemple de la photo du jour

Sans être une grande photo, j’aime bien le cadrage. C’est juste histoire de dire que j’ai trouvé la porte d’entrée du Port de Bordeaux …
Sur cette photo noir et blanc tout était gris. Le ciel ne ressortait pas. L’eau était saumâtre… un régal.
Après les basiques du développement (expo, contraste, lumière, ombre,…), j’ai voulu donner un peu de peps au ciel. J’ai sélectionné le canal de sa couleur et j’ai assombrit légèrement (l’intensité du bleu est diminué pour faire simple). Les nuages sont plus dessinés, du relief est apparu dans le ciel. Idem pour l’herbe en bas à gauche qui a été rehaussée (pour faire moins bouillasse). Pour finir le fleuve était trop uniforme, en gris moyen, pas de détail et il occupe une part importante du cliché. Le choix du canal de couleur ne fonctionnant pas, j’ai masqué en dégressif la partie centrale et j’ai modifié légèrement les niveaux d’exposition et contraste pour donner de la vie à cette partie.
Pour finir, j’ai masqué et éclairci les habitations afin de relever le tier de la composition.
C’est le choix du jour, le travail aurait pu être continué sur les textures des piliers et des quais par exemple.
Donc, pour répondre à la question : le rouge c’est quel gris ? Ben ça dépend … Et chaque photographe y met le gris qu’il veut. Enfin libre !

Un petit truc pour voir en noir et blanc.

C’est bien beau toute cette théorie, mais je fais comment lorsque je suis dehors avec mon appareil ? Comment imaginer la future photo noir et blanc ? Comment voir en noir et blanc ?

Vous avez compris que la photo noir et blanc était essentiellement une interprétation du réel. Les masses, la géométrie, l’intensité lumineuse des parties du cliché comptent énormément pour la composition. Mais la couleur perturbe la réflexion et le cerveau vient y ajouter son grain de sel.
Un petit truc pour évaluer une scène. Fermez les yeux (c’est malin, on ne va plus rien voir…) non pas complètement, laissez une fine ouverture. La couleur va perdre de sa présence, les détails vont s’estomper, seul va rester la répartition des masses et de la lumière. Je l’utilise souvent pour tenter d’évaluer la composition et la répartition de la lumière.

Dorénavant, lorsque vous verrez un photographe fermant les yeux avant de prendre un cliché, vous saurez qu’il a lu mon billet…

Pour finir, je vous laisse vous reposer avec Zine, le Cahier photographique. Le prochain numéro va paraître dans quelques jours. Alors inscrivez vous pour ne pas le rater !

 

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