
L’histoire de la street photography
L’histoire de la street photography commence avec la Photo League de New York et les expos du MoMA comme « New Documents », qui ont marqué l’inauguration de ce nouveau genre.
Voilà que je dois écrire un propos pour l’exposition collective de septembre 2024.
Ce petit texte que l’on retrouve juste avant de découvrir les photos.
Il doit normalement vous indiquer la démarche et les questions que se pose le photographe.
Voilà bien quelque chose qui est réservé aux photographes.
Comme si on questionnait Matisse sur ce qu’il voulait exprimer ?
Comme si on imposait à Lelouch l’exposition de sa vision du monde et des relations dans un texte avant d’aller voir un de ses films.
Comme si on demandait à Chostakovitch, d’expliquer le sens profond et politique de sa musique.
D’expérience, je ne les lis plus.
L’entassement de poncifs et de questions existentielles masque difficilement la volonté de l’artiste de … ne pas écrire.
Entre les lignes, j’y découvre plutôt le message :
Laissez tomber, aller voir les images.
Vous entrerez dans mon monde… ou pas.
Et si la porte reste fermée, ce n’est pas grave.
Voilà quelques mois, je découvrais par hasard un manifeste écrit par Serge Tisseron avec un titre de Bernard Plossu : Manifeste pour une école inférieure de la photo
Dans un premier temps, j’ai cru à une blague.
Un texte écrit tard dans la nuit entre amis avec quelques bonnes bouteilles.
A le lire, de nombreux points résonnaient en moi :
On photographie par bonheur, indignation, souci de témoigner, de communiquer ou de dialoguer, toujours pour accompagner le mouvement du monde.
Ou encore :
Sa posture est celle de l’empathie.
J’avais ce manifeste pour une école inférieure de la photo en tête lors d’une formation.
Je fus conquis à la suite d’une présentation de la critique d’une étudiante en école d’art, sur une série de photo lors d’un stage photo.
Critique brillante, avec nombreuses références, étude et critique du contexte, de la technique, du corpus et du processus mais je n’ai senti aucune émotion, aucune empathie.
La critique sèche et savante de l’académie.
Assez parlé, je vous laisse avec le manifeste pour une école inférieure de la photo de Tisseron et Plossu.
Et comme je suis sympa, je l’ai repris ci-dessous :
L’Ecole inférieure de la Photographie se fixe pour objectif d’encourager et valoriser les pratiques réputées inférieures de la photographie.
L’Ecole inférieure de la Photographie soutient en effet qu’une photographie est d’abord un objet émouvant et à ce titre susceptible de nous mouvoir. C’est pourquoi elle porte le même intérêt aux images réalisées avec des appareils perfectionnés et à celles qui sont faites avec des appareils sur lesquels aucun réglage n’est possible, comme les appareils jetables en plastique ou les instamatics.
L’Ecole inférieure de la Photographie bannit formellement l’usage de toute lumière artificielle organisée et agencée spécialement dans le but de la prise de vue.
L’Ecole inférieure de la Photographie, parce qu’elle est inférieure, tient dans la plus haute estime toutes les activités réputées elles aussi « inférieures ». Elle valorise le jeu, traditionnellement réservé aux enfants, et le soin qu’une tradition machiste réserve aux femmes. L’Ecole inférieure de la Photographie défend que la photographie est d’abord un jeu et que l’on prend soin du monde et de soi en photographiant. La photographie pense et panse, celui qui la fait et celui qui la regarde. Sa posture est celle de l’empathie. Même quand la situation est désespérée, l’Ecole inférieure de la Photographie rend hommage à la beauté du monde parce que l’Ecole inférieure de la Photographie fait confiance à la beauté.
Dans le même ordre d’idée, l’Ecole inférieure de la Photographie est persuadée que les êtres réputés inférieurs font souvent les meilleures photographies et propose que tous les enfants en âge de cinq ans puissent disposer d’un appareil. Ils nous étonneront ! Elle défend évidemment avec la même énergie la photographie faite par les enfants, les machines, les artistes, les fous, les exclus et les marginaux de toutes sortes.
L’Ecole inférieure de la Photographie fait passer avant toutes choses l’accompagnement du monde par ses images. On photographie par bonheur, indignation, souci de témoigner, de communiquer ou de dialoguer, toujours pour accompagner le mouvement du monde.
L’Ecole inférieure de la Photographie, parce qu’elle est inférieure, ignore les distinctions subtiles des esprits qui se jugent supérieurs. Elle refuse la distinction entre l’image animée et l’image fixe, tout comme entre les bonnes et les mauvaises images. Pour elle, il n’y a que des images qui mettent l’esprit en mouvement et des images qui arrêtent le mouvement de l’esprit. Les secondes menacent d’arrêter le mouvement du monde, alors que celles qui mettent en mouvement l’esprit favorisent la reconnaissance et l’accompagnement du monde. L’Ecole inférieure de la Photographie est donc une école du mouvement.
Pour elle, une photographie réussie est une photographie qui met en route. Cela n’a rien à voir avec le fait que l’image bouge ou non. L’important, c’est le mouvement de l’esprit qui la regarde. C’est pourquoi l’Ecole inférieure de la Photographie reconnaît comme chef de file tous les marcheurs, les voyageurs qui pensent, écrivent et rêvent en marchant.
L’Ecole inférieure de la Photographie, parce qu’elle est inférieure, fait évidemment passer la sensation qui relèverait du cerveau dit « inférieur » avant l’idée et le concept qui relèveraient du cerveau dit « supérieur ». L’Ecole inférieure de la Photographie est résolument reptilienne. L’Ecole inférieure de la Photographie se gausse donc de l’art qui se prend pour un aigle.
L’Ecole inférieure de la Photographie, parce qu’elle est inférieure, a de la peine à comprendre la distinction entre différents genres d’images. Pour elle, les images n’ont pas de genre, elles sont toutes hermaphrodites.
L’Ecole inférieure de la Photographie, parce qu’elle est inférieure, est très naïve. Elle pense qu’il n’y a pas de photographies « riches » et de photographies « pauvres ». L’Ecole inférieure de la Photographie, parce qu’elle est inférieure, soutient avec la même énergie tous les formats, y compris les tout petits, et tous les supports, y compris le papier journal.
L’Ecole inférieure de la Photographie, parce qu’elle est inférieure, pense que tout le monde peut faire un jour une très grande, une immense photographie. L’artiste est celui qui se revendique tel et qui en a une reconnaissance sociale. Il peut réaliser un très grand nombre de photographies intéressantes, mais pas forcément une très grande photographie.
L’Ecole inférieure de la Photographie, parce qu’elle est inférieure, n’imposera aucune cotisation élevée à ceux qui veulent en faire partie. Il leur suffit de partager les objectifs et les pratiques de ce manifeste.
Parce que l’Ecole inférieure de la Photographie pense que son heure est venue.
L’Ecole inférieure de la Photographie a été fondée le 10 juin 2011 à La Ciotat, la ville où les Frères Lumière ont inventé le cinéma.
Serge Tisseron a rédigé ce Manifeste, Bernard Plossu lui a donné son titre.
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