Les 7 péchés capitaux de la photo de rue.

7 péchés capitaux

Les débuts de photographe de rue

Mes débuts en street photography ou photo de rue ressemblaient un peu à cette histoire.
Ces mésaventures m’arrivent encore aujourd’hui si je n’y prends garde.
C’est jeudi, une journée de RTT s’annonce.

Le temps semble clément pour de belles balades sans être trempé ou emmitouflé dans son manteau.
Vous mettez rapidement vos affaires dans votre sac. Pas de parapluie mais une petite bouteille d’eau.
Les deux zooms, le mini pied et un boitier de rechange si besoin.
Petit déjeuner et un café avalé, vous voilà dehors et vous vous dirigez vers les lieux que vous connaissez le mieux d’un pas précipité.

Vous marchez à pied depuis maintenant plus d’heures et vous n’avez rien vu.
L’appareil est même encore dans son sac !
La marche est malheureusement le meilleur moyen pour entrer en méditation.
Vous errez sans buts et votre esprit part dans des considérations sur votre quotidien.
L’école des gamins, la banque et les emmerdes du boulot.

Une occasion de photo de rue en or.

Tout à coup se présente une passante avec un petit chien dans une poussette d’enfant.

Vous ouvrez et fouillez à la vitesse de l’éclair votre fourre-tout pour en extraire votre boitier.
Mais la dame est déjà à votre niveau et regarde bizarrement vos déboires avec la fermeture de votre sac.
Trop tard, elle est passée et revenir à toute vitesse, se positionner risque tout de même de vous faire un peu repérer.
Reste la solution de lui demander de poser, mais ce ne sera plus la même photo.
Avec toutes ces considérations envahissantes, la femme est bien loin et vous abandonnez.
Que de temps perdu !
Plongé dans vos pensées, vous avez laissé passer des occasions de photo de rue.
Vous manquez de concentration et vous êtes un peu dégouté.
Maintenant que votre boitier est dans votre main, la chasse va finalement commencer.

Direction le spot

Skate Board pris du bon coté pour qu'il se détache sur le ciel et non les immeubles gris.

Vos pas vous mènent du côté d’un skate park.
J’en ai aussi un sur mon circuit habituel…

C’est l’occasion de faire plein de photos et d’immobiliser des actions en vol.
Elles sont moins à la mode sur Instagram, mais ça peut le faire.
De plus, vous ne risquez pas grand-chose du côté droit à l’image.
Ce sont des gamins et ils passent leurs temps à se filmer.
Vous vous plantez plein d’espoir et vous vous concentrez.
Vous trouvez un endroit qui ne gêne personne et vous examinez les surfeurs à roulettes à la recherche du champion du coin.
Une fois repéré, vous shootez à tout va en essayant de saisir le moment le plus graphique.

Le bilan des photos de rue

Avec votre moisson, vous pouvez réaliser l’editing.

Vous éliminez, sélectionnez, choisissez, élisez quelques clichés.
Vous laissez reposer le tout durant quelques semaines.
En reprenant le dossier avec un regard neuf, le constat est décevant.
Il y a bien quelques images sympas mais on les a déjà vues mille et une fois.

Pas fameux !

C’est avec découragement que vous refermez l’ordinateur après le partage sur les réseaux sociaux.

Il faut bien animer son fil d’actualité.J’en ai fait aussi l’expérience et il m’arrive encore de batifoler au lieu de faire de la street photography.Avec le temps, j’ai pu isoler quelques pratiques qui limitent beaucoup la réussite.
Pour mieux les appliquer, il est important de comprendre le pourquoi de ses règles à respecter.
Suivez-moi quelques instants sur les réflexions que m’inspire ce genre d’histoire.

Les solutions possibles

Au fil des années, lorsque j’arpente les rues de Paris ou de Bordeaux, j’ai connu des jours avec et des jours sans.

Je vous rassure, les jours sans sont bien plus nombreux que les jours avec.
Vous n’êtes pas les seuls.
J’ai essayé de comprendre ce qui se passait. La sortie suivante, fort de l’expérience acquise, je tentais de me corriger.

Et évidemment, j’oubliais les précieux préceptes une ou deux semaines plus tard.
Je pense que si vous avez une pratique assidue, vous devez savoir de quoi je parle.
Au fil du temps, j’ai emmagasiné dans un coin de mon cerveau tous les « fails » possibles et imaginables.

La liste est longue !

Et bien cette liste j’ai essayé de la faire car je pensais qu’elle pouvait aider quelqu’un qui démarre dans la photo de rue ou lors de la visite d’un pays ou d’une ville.

Suivez-moi bien.
Dans l’espace de 5 minutes, j’avais noirci ma feuille de plus de 40 erreurs qui me sont arrivées !
La belle affaire, le mieux est l’ennemi du bien, j’ai tenté de me remettre dans la peau de mes débuts lorsque je passais des après-midi dans les rues de Paris.

J’ai essayé d’isoler les conseils les plus utiles.
Pas forcément, les conseils techniques.
Même à l’époque où Internet n’était connu que des initiés, les astuces fleurissaient dans les articles de chasseur d’images ou Réponse photo.

Donc quels sont ceux auxquels on ne pense pas automatiquement mais qui sont cardinaux pour la pratique de la photo de rue ou de voyage?
Plutôt que de faire une liste à la Prévert, j’en ai isolé 7.

7 comme les 7 péchés capitaux de la street photography.

Prêt pour ce court voyage ?

En route, suivez-moi.

les 7 points péchés capitaux de la photo de rue

Saint-Esprit

  1. Par l’opération du Saint-Esprit

    Les photos de rue ou de voyage ne se font pas par l’opération du Saint-Esprit. Si tant est que le Saint-Esprit daigne encore nous gratifier de quelque opération !
    Vous devrez à un moment ou un autre appuyer sur le déclencheur.
    Et pour ça vous devrez avoir votre boitier dans les mains.
    Évidemment cela veut dire que vous avez eu la bonne idée de le sortir du sac.

    Cela peut paraitre tout bête, mais la meilleure manière de réussir des photos est également d’en prendre.
    Quel que soit votre boitier (smartphone ou reflex), ayez-le avec vous et même encore mieux dans la menotte et non pas autour du coup où vous finissez par l’oublier.
    Pour aller à la boulangerie comme pour vous rendre au travail, a minima, il doit être dans votre poche.
    En aucun cas dans un sac.
    La preuve ?
    Regardez le nombre de photos de votre gamin ou de votre chérie dans votre smartphone…
    Pourquoi ?
    Parce que vous l’avez toujours dans la main.
    Donc, si vous voulez progresser. Ayez tout le temps votre appareil dans les pattes.

  2. Priez la photo de rue avec ferveur

    Il m’arrive fréquemment de déambuler dans les artères de Bordeaux en laissant libre cours à mon imagination et mes idées.
    Inévitablement, les petits soucis du moment et autres difficultés remontent à la surface.
    C’est tout à fait normal.

    «Les seules pensées valables viennent en marchant » écrivait Nietzsche.

    La marche est certainement le meilleur exercice de réflexion.
    Voilà bien le problème lorsque l’on fait de la photo de rue.
    Vous vous isolez dans une marche mécanique sans prêter attention à votre environnement.
    C’est assurément le défaut que j’ai le plus de mal à combattre.
    Mon petit truc pour lutter efficacement consiste à appliquer la règle énoncée plus haut.
    Ensuite, j’ouvre mon missel en prenant quelques photos.
    Cela permet de se détacher des idées du moment. Je commence sérieusement à chercher des solutions de cadrage, tourner autour du sujet, faire de la photo.
    Mais cela n’est pas souvent suffisant.
    C’est la raison pour laquelle, il faut appliquer le précepte suivant

  3. Une lente procession

    C’est certainement le conseil le moins souvent prodigué.
    La street photography n’est pas une course de vitesse où l’on coche les choses à voir.
    Elle est une manière d’aborder la ville et l’espace commun dans lequel nous évoluons.
    La plupart des passants vont et viennent, pressés de se rendre ou de revenir.


  • Bonjour, dit le petit prince.
  • Bonjour, dit l’aiguilleur.
  • Que fais-tu ici ? dit le petit prince.
  • Je trie les voyageurs, par paquets de mille, dit l’aiguilleur. J’expédie les trains qui les emportent, tantôt vers la droite, tantôt vers la gauche.

Et un rapide illuminé, grondant comme le tonnerre, fit trembler la cabine d’aiguillage.

  • Ils sont bien pressés, dit le petit prince. Que cherchent-ils ?
  • L’homme de la locomotive l’ignore lui-même, dit l’aiguilleur.

Et gronda, en sens inverse, un second rapide illuminé.

  • Ils reviennent déjà ? demanda le petit prince…
  • Ce ne sont pas les mêmes, dit l’aiguilleur. C’est un échange.
  • Ils n’étaient pas contents, là où ils étaient ?
  • On n’est jamais content là où l’on est, dit l’aiguilleur.

Et gronda le tonnerre d’un troisième rapide illuminé.

  • Ils poursuivent les premiers voyageurs ? demanda le petit prince.
  • Ils ne poursuivent rien du tout, dit l’aiguilleur. Ils dorment là-dedans, ou bien ils bâillent. Les enfants seuls écrasent leur nez contre les vitres.
  • Les enfants seuls savent ce qu’ils cherchent, fit le petit prince. Ils perdent du temps pour une poupée de chiffons, et elle devient très importante, et si on la leur enlève, ils pleurent…
  • Ils ont de la chance, dit l’aiguilleur.

Redevenez un enfant et regardez le monde s’agiter autour de vous.
Retrouvez les sensations du bambin que l’on doit toujours tirer pour qu’il avance.
Ralentissez vos pas, slow down comme disent les Anglo-saxons.

  1. L’important est de voir ce qui est invisible pour les autres.

    Poteau sourire

    Cette citation est de l’auteur de la bible du photographe de rue, « Les Américains » de Robert Frank. Il nous conduit à regarder autour de nous.
    Ce bouquin a été une révolution dans la manière dont les Américains se voyaient.
    Maintenant que vous progressez lentement, vous pouvez à loisir observer la rue, les fenêtres, les personnes qui avancent vers vous plongées dans leurs pensées.
    Imaginez la suite de leurs actions, les relations qu’elles ont entre elles et les photos qui peuvent en surgir.
    Vous disposez de trois méthodes exposées dans cet article : les trois règles de la photo de rue.

  2. Libérez-vous du quotidien pour atteindre la lumière.

    Vous y avez consacré du temps pour le choisir.
    Il représente un investissement pécuniaire important.
    Il vous fournit mille et une possibilités.

    Il est temps d’oublier votre appareil photo.
    Libérez-vous du réglage de votre appareil !

    Concentrez-vous sur le cadrage, le sujet et le moment.
    Pour cela, plusieurs choix s’offrent à vous :
    – Utilisez tous les automatismes. Si dans moins de 5 % des cas il se trompe et bien ce n’est pas grave. Vous gagnerez énormément en nombre de photos intéressantes en sujet, cadrage ou action.
    – Mets-toi à f/8 et soit là. Exploitez l’hyperfocale si vous êtes un peu plus habitué. Elle fonctionne super bien en photo de rue. (Les secrets de l’hyperfocale)
    – Faites comme vous voulez, mais arrêtez de tripoter votre engin.
    Cartier Bresson fait souvent référence au livre d’Herrigel « Le Zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc ».
    La disponibilité de l’esprit fait que le tir à l’arc devient presque inconscient.

  3. Tu ne convoiteras point.

    Instagram, 500Px et autres sites de photos regorgent d’images mille fois vues.
    On peut même affirmer que ce sont des clichés dans tous les sens du terme.
    Je pense aux passants sans intérêt particulier sinon que celui d’être dans la rue, les SDF, les reflets dans l’eau, les gens avec des rayures sur un passage clouté, des skateurs dans les airs, une masse sombre sur un mur rouge avec l’ombre d’un personnage…

    On regrette souvent de ne pas les avoir prises, mais de grâce pourquoi tenter de les refaire ?

    Si c’est dans un but éducatif, faites-en une ou deux et passez à autre chose.
    Plongez-vous dans vos archives avec un bon editing.

    Je suis certain que vous avez de superbes pépites.
    Partagez-les ! On vous enviera.

  4. N’aie pas peur !

    Voilà la question qui revient le plus fréquemment.
    J’ai peur et je ne suis pas à l’aise lorsque je fais des photos dans la rue.

    N’ayez plus d’inquiétude et ne vous cachez pas. Vous ne faites rien de mal.

    On doit faire des photos dans la rue même si une transformation bizarre envahit la rue. D’un espace collectif et d’échange, elle devient de plus en plus une zone d’interdit et d’isolement.

    Ce n’est ni dans sa nature ni dans le fil de son histoire.
    Vous ne faites de mal à personne.
    J’ai tenté dans un long article pour les inscrits afin d’aider à vaincre cette peur.
    Regarder comment procède Joël Meyerowitz est la plus belle petite pépite que je puisse vous offrir.

     

    Et maintenant, lève-toi et marche !

    Bien loin des considérations matérielles, progresser en street photography vous oblige à vous ouvrir, à prendre le temps, à humer l’air du moment.
    J’avais listé plus de 40 erreurs que je commettais plus ou moins régulièrement.
    Je me suis attaché à isoler les plus importantes.

    Elles n’ont rien à voir avec l’équipement ou la technique.
    Je vous propose de balayer tout ça : tout automatique ou hyperfocale. Le smartphone peut très bien faire l’affaire.
    L’axe central à retenir est votre manière de vous comporter dans la rue, avec votre boitier dans la main, vous progressez doucement, très lentement.

    Vous vous arrêtez aussi, pour mieux sentir ce qui peut se passer sans essayer de copier les images dont vous êtes inondés sur Instagram.
    Et n’ayez pas peur de vous positionner en tant que photographe. Vous ne faites rien de mal.

    Cela fait plusieurs années que je tente d’appliquer cette démarche.
    Pas toujours avec succès, j’ai des échecs.
    Il m’arrive de revenir sans même avoir allumé mon boitier embrumé que je suis par les problèmes du quotidien.

    Certain jour, la grâce vous touche, et le boitier devient comme le prolongement de votre œil. 

    Aller, maintenant c’est à vous de partager vos expériences sur votre mental lorsque vous êtes dans la rue.

Vaincre sa peur de photograhier des inconnus

4 commentaires sur “Les 7 péchés capitaux de la photo de rue.”

  1. avec un iPhone on est toujours prêt…. Car c’est devenu une habitude. C’est moins evident avec une camera. Et vous avez raison : pas la peine de la mettre dans un sac.
    Et mille mercis pour vos conseils
    otto

    1. Bonjour,
      Je me demande même si les smartphones ne font pas plus de photos que les boitiers.
      La chute des ventes des appareils photo semble être un signe évident.
      C’est un peu l’histoire de la photo et de l’immédiateté.
      De la chambre au 24×36 puis le pocket pour finir par le smartphone.
      L’avantage du smartphone est que l’on peut l’utiliser partout dans la plus grande indifférence.
      A bientôt

  2. Superbe article, bravo ! Avoir l’appareil en main est évidemment la première chose à faire et, comme dit plus haut, puisqu’on revient parfois sans l’avoir sorti du sac.
    Je me permets un petit ajout tout personnel. Selon moi, la seconde étape c’est “l’échauffement”, c’est-à-dire le fait de commencer à prendre des photos même de peu d’intérêt, l’idée étant de cadrer, de faire des images, de saisir des gestes, de marier des couleurs, de capter des ombres etc. Le but de la manœuvre est d’appuyer sur le déclencheur à plusieurs reprises pour créer un certain état d’esprit et se mettre “dans le bain” de la photo de rue. Rien d’autre. Le sprinter s’échauffe avant sa course, le pilote fait un tour de chauffe pour ses pneus avant le départ officiel. A titre personnel, certains jours, si je saute cette étape, je peux avoir tendance à ne pas déclencher facilement comme si je ne voulais engranger que de bonnes photos sur la carte. Le numérique permet cette stratégie, autant en profiter et jeter ces “brouillons de photos” au moment de l’éditing.

    1. Merci beaucoup Alain,
      Je pratique aussi cet échauffement.
      Prendre une situation toute simple et commencer à chercher un cadrage original.
      Toutes les pensées du moment s’envolent comme par miracle.
      Il se faisait aussi chez les spécialistes du portrait et, dans le temps, on omettait même de mettre une pellicule.
      Juste pour mettre à l’aise le modèle.
      Très belle journée Alain.

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